vendredi 17 août 2012

Droit pénal et empathie


Publié le 31 janvier 2012

L'empathie peut être définie comme "la capacité de percevoir dans un contexte commun ce que peut ressentir une autre personne. C’est également un sentiment de participation affective d’une personne dans la réalité qui affecte une autre."
Le droit pénal est l’ensemble des règles que se donne un état, un pays, pour punir des infractions que sa société considère contraires aux règles, que celles-là émanent du pays même, ou qu’elles soient acceptées comme normes fondamentales du droit international.

Ces définitions semblent, à première vue, être deux concepts diamétralement opposés. D'un côté une manière "chaleureuse" de vivre ensemble, en tenant compte de l'autre personne comme quelqu'un d'autre, mais en même temps pareil à soi. De l'autre côté, la "froideur" de la loi, mettant l'accent sur ​​une manière répressive de contempler les relations entre les gens.

Cependant ...
L’état de droit a été conçu pour protéger toutes les personnes et l'idée fondamentale de l'égalité des droits, qui en est la base, est que "mes droits prennent fin, où commencent les tiens" - en d'autres termes, oui, il faut prendre en compte l'autre personne et le droit doit être un cadre pour que les gens se rappellent toujours que, au fond, tout le monde est égal. Arriver de cette idée au concept de l'empathie n'est plus un chemin aussi long ... de là à revendiquer que l'empathie soit le fondement du droit, et en particulier du droit pénal, c’est bien sûr un saut qu’aucun juriste ne fera. Cependant, je pense que chaque juge devra faire un jour quelques considérations sur ce concept, puisque c’est son rôle de juger une autre personne.

On oublie trop souvent ce fait en utilisant le mot "cas" - un juge travaille sur un cas ... mais derrière ça, il y a une personne qui peut souffrir, une famille qui, tout d’un coup, se voit enveloppée dans un nuage de tristesse et de honte. Les inégalités sociales tendent à se perpétuer, malheureusement, dans un cercle vicieux – la pauvreté est souvent non seulement matérielle, sinon plutôt une construction sociale et mentale qui semble murmurer de manière permanente à celui qui naît pauvre "tu n’as aucune valeur", et ainsi l’homme pauvre, qui ne sait pas, d'abord, qu’il a des droits et, d'autre part, comment les défendre, se laisse tomber dans cet état ​​de "semi-visibilité" d'être un cas. Et un juge ​​peut oublier qu’il travaille avec ses pairs et appliquer à la lettre la loi, de manière froide, pour sa propre commodité.

C'est ce qui est arrivé avec le recours constitutionnel appelé acción de libertad que Odón a fait en septembre 2010. Son propos était simple: ça va faire 10 ans (aujourd'hui, ce sont près de 11 ans et demi ...) que le test d’ADN l'a exclu en tant que participant dans l’assassinat et postérieur viol de la fillette Patricia Flores, c’est-à-dire QU’IL EST INNOCENT - cependant, il est assigné à résidence depuis sa sortie de prison en mai 2001, ce qui est une violation flagrante du droit fondamental de libre circulation.

L’état du Paraguay qui a imposé l’assignation à résidence à l'un de ses citoyens pour plus de 8 ans, a été condamné par la Cour interaméricaine des droits de l'homme en 2004 pour cette violation, en plus d'autres, dans le cas Canese vs. Paraguay. Dans ses considérants, la Cour déclare:

"(...) La Cour estime indispensable de souligner le caractère exceptionnel des mesures de contrainte qui affectent la liberté individuelle et la liberté de mouvement de l’inculpé, puisqu’elles sont limitées par le droit à la présomption d'innocence et les principes de nécessité et de proportionnalité, indispensables dans une société démocratique. La jurisprudence internationale et de droit pénal comparé s’accordent pour dire qu’ils doivent exister d’indices suffisantes permettant de raisonnablement soupçonner la culpabilité de l'accusé pour appliquer de tels mesures de contrainte dans un procès pénal en plus des circonstances suivantes: risque de fuite de l’inculpé, risque d’entrave à l'enquête, et risque que l'accusé commette un crime, même si dernier point est questionné aujourd'hui. En outre, ces mesures de contrainte ne peuvent pas devenir un substitut à la peine privative de liberté ou satisfaire les fins de celle-ci, ce qui peut survenir si on continue à l’appliquer quand elle a cessé de satisfaire les fonctions mentionnées ci-dessus. Sinon, l'application d'une mesure de contrainte affectant la liberté personnelle et la liberté de mouvement de l'accusé serait la même chose qu’anticiper une peine à la sentence, ce qui contredit les principes généraux de droit reconnus universellement. (...)
La Cour estime que la limitation au droit de quitter le pays qui peut être imposée au moyen d’une mesure de contrainte dans une procédure pénale doit être proportionnelle au but légitimement poursuivi, de sorte qu'elle ne soit appliquée seulement si aucun autre moyen moins restrictif existe et pour le temps strictement nécessaire pour satisfaire sa fonction (...) "

Donc, ce que voulait Odón était simplement que le Tribunal  Constitutionnel, qui a pour tâche essentielle la protection des droits fondamentaux de tous les citoyens boliviens, se prononce sur cette violation de sa liberté de mouvement qui se perpétue puisque la justice ordinaire n'en finit pas avec le cas. Quelle était la réponse des honorables juges?

"(...) Comme l'a reconnu le demandeur, il se trouve en liberté et il n’existe pas de preuve qu’il soit sans défense, puisqu’il a utilisé les moyens et recours légaux au cours du procès, et a réussi que la Cour Suprême annule la peine à trente ans d'emprisonnement sans droit de grâce, et qu’elle dispose qu’on reprenne le dossier pour ouvrir l’Ordonnance initiale d'Instruction contre Jose Luis Lopez Flores, pas évident l’absence de défense, circonstance qui détermine que la tutelle soit refusée, sans examiner le fond de l'action, selon la jurisprudence citée dans l’Argument Juridique III.2 de cette décision."

En d'autres mots, les juges ne peuvent pas s’imaginer qu'un homme humble, sans grande possibilités d'être défendu - Odón est encore défendu par les avocats-fonctionnaires de « Defensa pública » car il n’a aucun revenu propre, étant toujours suspendu de son poste au Ministère de l’Éducation – soit un sujet de droits qui valent la peine d'être défendus par le Tribunal Constitutionnel. Peut-être pensent-ils qu’il doit supporter pendant plus de dix ans les erreurs des différents acteurs de justice sans se plaindre ... mais que veut ce gars-là? – il est libre ...

Bien sûr, un pauvre ne peut de toute façon pas voyager – qu’il reste là où il est, il a encore de la chance de ne pas être resté en prison sans que personne ne s’inquiète pour lui comme c’est le cas de tant de pauvres gens (aujourd'hui ont été publiées les dernières statistiques du Service National de Prisons selon lesquelles 83% de la population carcérale est en garde à vue - une honte nationale).

Mesdames et Messieurs, les ex-juges du Tribunal Constitutionnel, si vous aviez eu un petit peu d'empathie, vous auriez dû penser à ce que sent une personne innocente qui vit avec ce fardeau depuis plus de 12 ans, qui, périodiquement, se fait attaquer dans ​​la presse nationale et internationale comme un coupable qui, en raison de «trafic d'influence" parviendrait à échapper à un juste châtiment - si tout cela était arrivé à votre fils, votre frère – quelle aurait été votre regard sur la demande?

jeudi 16 août 2012

Hommage à un ami


Publié le 19 janvier 2012

Bernard, nous l’avons connu comme personne sans préjudice, capable d'écouter et de se faire sa propre opinion sur ce que nous racontons. Il est vrai, nous avons beaucoup de chance avec l'amitié que beaucoup de gens nous donnent, regardant, non pas ce que dit une opinion publique volatile et parfois même cruelle, sinon les personnes que nous sommes et soutenant notre lutte.

Maintenant qu'un tragique accident a ôté la vie à Bernardo, nous voulons vous dire à vous toutes et tous - MERCI pour tout le soutien que vous nous donnez et à lui, nous lui disons adieu d’un cœur douloureux, en nous souvenant de son empathie, de sa capacité à analyser les faits les plus complexes et de sa sensibilité et lui disons - İhasta siempre, amigo!

P: S: Pour se souvenir de lui, il y a un blog: http://amigosdebernard.wordpress.com/

dimanche 12 août 2012

Lettre à la Commission américaine des Droits de l'Homme


Publié le 31 octobre 2011

Voici des extraits de ce que j'ai écrit:
Lundi dernier, j'ai pris connaissance de ce qui a été dit lors de la séance appelée «Violence sexuelle dans les établissements scolaires dans les Amériques", organisée par la Commission interaméricaine des droits de l'homme et j’ai été choquée par la présentation faite par l’avocate Katherine Romero, appelant mon mari "agresseur" et l'accusant de "trafic d'influence" pour avoir réussi, après des années de lutte, après avoir été incarcéré, innocent, pendant 20 mois, que la plus haute autorité juridique de son pays prenne enfin en compte une preuve scientifique, faite par le FBI étatsunien, disant avec toute la clarté nécessaire, qu'il est innocent.

Et ça été pire encore, quand j’ai lu sur Internet, le document que les  organisations invitées avaient élaboré pour leur intervention durant la séance car là, mon mari est désigné non seulement comme le « regente »
comme l’avait fait l’avocate Romero durant son intervention, mais par son nom complet "Odón Mendoza Fernando Soto" (page 12 du document intitulé «Violence sexuelle dans les établissements scolaires: Mexique, Colombie, Équateur et Bolivie»).

Je me demande si vous pouvez imaginer ce que sent un homme qui, d'un jour à l'autre, est arraché  à son humble vie quotidienne (en 1999, il gagnait environ 330 bolivianos par mois comme « regente »), présenté devant tout le pays comme «monstre» (vous avez des exemplaires des journaux de l'époque) et qui, depuis lors, continue à vivre avec ce stigmate. Moi-même, qui l’accompagne depuis près de neuf ans, j'ai quelques souvenirs pas très agréables, comme ce jour-là, où la propriétaire de l'appartement que j'ai loué m'a dit, "ou tu quittes Odón ou tu sors de ma maison immédiatement», ou jour de l'an dernier, quand une voisine m'a frappé et toute sa famille a crié «criminelle» ...

En dépit de ces situations, j'ai toujours essayé de me communiquer avec les personnes qui s'impliquent dans le cas depuis un an pour tenter d'expliquer les détails (et surtout les failles de l’investigation, responsables pour la situation malheureuse que nous vivons, aussi bien la mère de la fillette que et mon mari avec toute sa famille), mais on m’écoute à peine.

Justement l’avocate Katherine Romero - en novembre dernier, quand je me suis rendu compte de la plainte que son organisation, Women’s Link Worldwide, avait déposé dans le cas Patricia Flores, je lui ai envoyé un message, expliquant que mon mari et moi-même avons déposé  plainte dans la même affaire et je lui ai même envoyé une copie des faits tels comme je l’avais décrit dans la plainte. Rien, pas un mot ... jusqu'à l’intervention de lundi dernier.

Qu’est-ce que je peux faire pour que mon mari ne désespère pas, sans emploi, sans revenu (comme l'affaire est pendante, il reste suspendu de son emploi au ministère de l'Education et de ses contributions pour une petite rente)? Devons-nous souffrir éternellement parce qu’à l’époque des faits, mon mari s’est retrouvé tout à coup face à une accusation monstrueuse à laquelle il n’était pas préparé et qu’il a été enfermé dans un labyrinthe kafkaïen pour calmer la pression populaire qui ne veut que rarement la vérité, sinon un bouc émissaire?

Tant de fois nous avons frappé aux portes, peu se sont ouvertes et maintenant, que les autorités judiciaires de notre pays ont finalement commencé à réaliser l'erreur qui a été commis dans son cas – serait-ce que nous devons faire face à une condamnation internationale sans que personne n'ait besoin de prouver les accusations qu’ils lancent contre lui et que, au sein d’une institution respectable et respecté de défense des droits de l'homme on peut violer les règles de base des droits fondamentaux tels que la présomption d'innocence?

samedi 11 août 2012

Ce que nous dision en 2010


Publié le 27 octobre 2011

A L’OPINION PUBLIQUE

Depuis plusieurs jours, on parle à nouveau du cas de la fillette Patricia Flores : ça va faire 11 ans qu’elle a été retrouvé assassinée et violée. Sa mère est apparue en public pour exiger que justice soit faite enfin, clameur qui est aussi la mienne depuis 11 ans.

Toutefois, elle accompagne sa demande avec les accusations de toujours contre moi, en commettant ainsi une grande injustice qui ne se justifie aucunement. C’est pourquoi moi-même et ma famille tenons à préciser ce qui suit:

La douleur d'une mère ne justifie pas de faire souffrir un innocent et toute sa famille, quelque chose que nous vivons depuis tant d'années. Si de nombreuses personnes en Bolivie savent que Odón est innocent et le soutiennent, il y a aussi des gens qui ont été induits en erreur par une certaine presse sans sens éthique, qui, à l’époque, l'a désigné comme monstre, déviant sexuel etc. et qui se croit en droit de faire justice par elle-même. Odón a subi et continue de souffrir des actes hostiles comme l’appeler publiquement assassin, l’expulser de son appartement, lui nier le droit de travailler et nous toutes et tous partageons sa souffrance, ce qui détériore notre santé physique et émotionnelle.

Odón n’a pas arrêté, les 11 dernières années, de se battre pour démontrer son innocence, au public mais surtout au pouvoir judiciaire, celui même qui s’est permis durant de longues années d’ignorer un rapport scientifique qui montre clairement que l'auteur n'était pas lui. Il a dû aller jusque devant la Cour Suprême pour qu’on reconnaisse enfin la majeure preuve de ce procès, la seule avec un résultat sans appel et reconnu par la communauté scientifique, le test d'ADN. Les autres preuves, qui sont en réalité de prétendues preuves, construites pour trouver un coupable permettant de calmer la pression de l'opinion publique de l’époque, ne valent rien, le document joint à cette lettre le démontré de manière irréfutable.

Ces dernières années, Odón n’a plus voulu apparaître en public, à notre demande qui avons tant souffert de cette notoriété horrible, et luttant non seulement pour lui mais pour beaucoup de gens d'origine humble qu’une injuste justice n'a jamais pris en compte comme des êtres humains mais comme chair á potence, s’est concentré sur la lutte juridique.
Aujourd'hui, le cas est de retour sur la scène publique et on veut le ramener à la rue où il existe toujours le danger d’une violation des droits humains. C’est pourquoi, pour le protéger lui, mais aussi nous toutes et tous, Odón n’apparaîtra pas en public - cette lettre est notre cri pour que termine, enfin, notre souffrance injuste.

Et finalement, nous demandons aux médias d'être très prudents avec les informations qu'ils donnent de lui, car il y a déjà eu deux fois une tentative de lynchage sur lui.

¡Ama llulla!!
(tu ne mentiras point en langue aymara)

La Paz, 25 août 2010
Odón F. Mendoza Soto avec femme, enfants, petits-enfants, frère et soeur et nièces et neveux

lundi 30 juillet 2012

Communiqué de presse


Les propos d’Odón Mendoza et famille, publiés le 26 octobre 2011:

En référence à votre note de presse, publiée sous le n °  ABI 247081 2011-10-24 15:53:22, intitulée "le cas de la fillette Patricia Flores dénoncé devant la CIDH " j’aimerais expliquer ce qui suit:

12 ans, c'est long, surtout si une personne est à la recherche de justice. Je dis cela en pensant à la mère d'une fillette assassinée, mais aussi en pensant à ma famille et moi-même, obligés de nous défendre contre de fausses accusations qui ne nous laissent pas vivre en paix depuis lors.

En 12 ans, de nombreux souvenirs sont faussés, c’est pourquoi je voudrais rappeler plusieurs éléments liés au crime commis contre la fillette Patricia Flores. Tout est consigné dans le dossier du cas et je pense que ça vaut la peine de le consulter avant de publier des affirmations inexactes.

1. Ma fonction à l'école Vicenta Juaristi Eguino était celle d'un regente, nommé par mémorandum de désignation par le ministère de l'Éducation et aucune directrice n’est intervenue dans ma nomination.

2. Déjà avant de retrouver la fillette assassinée dans la nuit de mardi à mercredi, 1 er septembre 1999, la police a été saisie de l'affaire, parce que la famille avait porté plainte au bureau du procureur, le lundi 30 août, dénonçant que sa fille avait disparu le vendredi 27 août. Dans le dossier, il y a deux témoignages d'enfants qui déclarent de façon indépendante, mais concordante, au cours de l'enquête pour enlèvement de mineure (c'est à dire avant que la police était au courant de l’assassinat), avoir vu la fillette le samedi 28 août, un garçon à 14h sur le marché Uruguay et une fille à 16h sur la place Perez Velasco. Les deux enfants ont témoigné le matin du 31 août que Patricia aurait été accompagnée par une "jeune fille un peu plus grande qu'elle."

3. La police abandonne cette piste après la macabre découverte du 1er septembre, et en raison de la pression populaire, procède à mon arrestation le 2 septembre, en m'accusant d'avoir tué et violé la fillette le matin du 27 août. La justification pour mon appréhension était que je serais entré en contradictions et qu’on ne m’avait pas vu dans le couloir de l'école le vendredi matin, alors que donnais des classes au cours 3B, car l'enseignante avait pris congé parce que c’était son anniversaire.

4. Le 1er septembre, à 17h a lieu l'autopsie et le médecin légiste, Dr Alberto Sagárnaga, conclut que l’heure du décès est d'environ 72 heures avant de trouver la fillette. Les médecins légistes ont leurs méthodes pour déterminer l’heure du décès, tels que l'apparition, après 36 heures suivant le décès, d'une tache verte et périombilicale dans la fosse iliaque, la flaccidité des muscles ou après 72 heures, l'apparition de la faune cadavérique. Selon le protocole de l'autopsie, elle serait morte le dimanche, une donne que le second médecin légiste, le Dr Antonio Torrez Balanza confirme lors d'une audience: «Question – En suivant l’heure du décès du protocole de l’autopsie, qui établit soixante-douze heures le mercredi, quand la fillette serait-elle décédée? Réponse -. Nous devrions nous diriger vers l'heure approximative du décès de manière rétrospective, environ trois jours plus tôt. Il faut compter les heures; avec un calcul rétrospectif, si la levée du corps a été faite le mardi soir, en suivant l’heure du décès, ça supposerait que le décès est survenu le dimanche "(feuillet 2321 du dossier). Le médecin légiste détermine également que les actes de violence sexuelle avaient été perpétrées post-mortem.

5. Devant les doutes sur comment la police mène l'enquête, on émet, le 28 septembre, une ordonnance encouragée par la présidente du comité de politique sociale de la chambre des députés, Elisa Zuñiga de Siles, qui détermine d’envoyer des preuves du cas au FBI pour faire des tests d’ADN. Le 29 septembre, le laboratoire technique de la PTJ (comment s’appelait la police judiciaire bolivienne à l’époque), en la personne de la Dr Carmen Campana Cuiza, transmet à l'ambassade des États-Unis quelques preuves, le 14 octobre seront envoyées quelques preuves supplémentaires, le 29 octobre arrive un premier rapport disant que je n'ai rien à voir avec l'affaire et le 18 janvier 2000, le FBI envoie son premier rapport complet où il identifie un mélange d'ADN masculin et féminin dans les échantillons provenant de la jupe de la fillette. L'ADN féminin correspond à la fillette, mais le FBI ne peut pas déterminer à qui appartient l'ADN masculin. Tout ce qu’il peut constater est que ça ne provient pas de moi.
Devant ce mystère, Kevin W. Currier, qui était à l’époque attaché juridique et représentant du FBI en Bolivie, persiste et peut établir, tout d'abord un lien entre le cas de Patricia et le cas de la fillette Dora Janco, qui survit à une agression sexuelle quelques semaines après la mort de Patricia et,  après avoir lu sur l'arrestation d'un violeur en série du nom de José Luis Flores en novembre 1999, demandant un échantillon de sang de lui, peut prouver que dans les deux cas, le coupable est le même José Luis Flores. Le 11 septembre 2000, la PTJ reçoit un rapport du FBI expliquant en détail comment ils sont arrivés à ce résultat spectaculaire, et les experts se déclarent prêts à venir en Bolivie pour témoigner.

6. Dans les semaines suivantes, la presse parle abondamment du rapport, mais les fonctionnaires de justice font la sourde oreille et on me condamne en mai 2003 à 30 ans de prison sans pardon, sans prendre en compte les deux preuves qui me déclarent innocent: l'heure du décès et le rapport d'ADN. A partir de ce moment, commence mon combat juridique qui m'amène à la Cour Suprême, qui, en novembre 2009, acceptant mon recours de cassation, annule toutes mes condamnations pour "évaluation inappropriée des preuves ", c'est à dire à cause du fait que le test d'ADN n'a jamais été pris en compte et que j'ai toujours été condamné avec des arguments comme une fibre bleue, semblable (mais pas identique) à la couleur du pull de la fillette dans un des quatre ceintures que la PTJ avait décommises.

7. Par conséquent, la Cour Supérieure de La Paz annule le procès jusqu’au « vice le plus ancien », ce qui correspond à l'ordonnance de renvoi faite en mai 2000 (qui n'a pas tenu compte du premier rapport ADN indiquant clairement qu’on n’a trouvé aucun ADN de moi dans les échantillons provenant de la fillette et qui était arrivé quatre mois plus tôt) et retourne le dossier aux instances d’instruction. A partir de ce moment-là, commencent les excuses des différents juges, et, à partir de la mi-août 2010, les interventions publiques des frère et soeur Barriga Machicao, du prénom de Paola et Ramiro, de profession avocats, soi-disant en défense de la mère de la fillette. Avec des manifestations publiques, désignant d'un doigt accusateur (et avec nom et prénom) les officiers de justice, qui, selon eux, ne font pas leur travail, ils ont réussi à ce qu’aucun juge ne veuille prendre en charge le dossier pour le terminer. Par la force veulent-ils me faire condamner, en utilisant la déréliction d'une mère qui ne peut pas trouver  consolation et qui a été très mal conseillée au fil des années.

8. Lorsque, quelques mois après la mort de la fillette, j’avais demandé une nécropsie à travers mon avocat, Dr Jorge Borda, la famille avait rejeté cette idée de manière outrée. L'année dernière, la Drsse Paola Barriga est sortie publiquement avec cette idée, en disant qu’on avait enfreint les droits de la mère à ne pas l'avoir fait. Même chose avec la plainte à la Commission des Droits de l'Homme: les Drs Barriga avaient déposé leur plainte à travers une ONG, appelée Women'Link Worldwide, en mai 2010 quand moi-même, avec ma famille, avons dénoncé le retard de justice à la CIDH le 8 avril 2009. Selon les derniers contacts que nous avons eus avec la CIDH, celle-ci traite par ordre chronologique les causes qu’elle accepte, ce qui signifie que ma plainte sera traitée en priorité.

Maintenant, la séance de lundi dernier, durant laquelle une avocate colombienne, Katherine Romero, en parlant du cas de Patricia Flores, m'a appelé «agresseur» et m'a accusé de "trafic d'influence», sans présenter la moindre preuve, n’était pas destinée à résoudre le cas. C’est plutôt que ces ONG, profitant d'un cas difficile dans un pays où la justice a de failles évidentes, ont profité de l'occasion pour se faire connaître dans le monde des ONG où il est de plus en plus difficile d’obtenir de l'argent à cause de la crise monétaire que subissent les pays européens et de l’Amérique du Nord, grands donateurs si on parle de violation des droits humains.

9. Cette façon d'utiliser une institution universellement reconnue ne serait pas digne d'être mentionnée si elle n'était constitutive de violation de l'art. 8 par. 2 de la Convention américaine relative aux droits de l'homme (présomption d'innocence) qui a m’a été faite. La violation ne s’est pas seulement produite en disant "le regente" comme l'a fait l'avocate Romero au cours de la séance, en essayant d'éviter une plainte pour diffamation en ne citant pas mon nom, mais également dans le document présenté à la Commission et publié en ligne, où on me nomme avec nom et prénom.

Il n'y a aucune raison pour moi de tolérer plus longtemps les abus d’avocats qui, apparemment, ne connaissant pas beaucoup d'un dossier de 20 classeurs et qui continuent avec leurs manipulations pour gagner de la notoriété (et, peut-être?) de l'argent pour leur création, la «fondation» FUNDERES. Toute ma famille, qui n'a jamais douté de mon innocence et qui me soutient depuis tant d'années, est avec moi - je ne pourrais jamais les remercier assez pour leur soutien.

Odón Fernando Mendoza Soto, 26 octobre, 2011

samedi 28 juillet 2012

La profession d'avocat-e


Publié le 25 octobre 2011

Beaucoup d’années ont passé, mais je n'oublierai pas ce que j'ai ressenti lorsque notre professeur de procédure pénale a dit que tout était permis  pour un avocat. Y compris mentir ...

Les médecins ont le serment d'Hippocrate - et les avocat-es?
La Justice, celle que nous voudrons défendre, celle qui nous semble admirable car elle aide à la construction d'un monde plus équitable qui donnera son espace à tous les êtres, ne devrait pas être un champ de bataille d'ego.

Certes, il est très, très difficile devant un fait violent, de ne pas tomber dans le désir de vengeance, en faisant l’impasse sur qui en sera la victime et la justice humaine essaie justement de limiter ces pulsions, mais si un avocat, une avocate gagne beaucoup d’argent avec ces sentiments, on ne va tout simplement pas pouvoir briser le cercle vicieux.

Où sont les lieux où un jeune homme, une jeune fille peut se préparer pour éviter ce genre d’erreurs lamentables ?
Si je pense à mon expérience de l’université, ce n’est peut-être pas le bon endroit…

La vérité vous intéresse-t-elle?


Publié le 25 octobre 2011

Hier, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a organisé, dans le cadre de sa 143ème session, une réunion de travail intitulée «La violence sexuelle dans les établissements scolaires dans les Amériques", durant laquelle on a également parlé du cas Patricia Flores de Bolivie.

Malheureusement, les intervenant-es n’ont pas pris la peine de présenter simplement les faits mais ont dû les adapter à leur désir d'être reconnus comme de grands défenseurs des droits de l'homme, en lançant des accusations contre les autorités scolaires et de l'Etat ainsi que contre la Cour Suprême, l'accusant de "trafic d'influence".

Comment ça? D’abord en accusant les enseignants de ne pas avoir protégée la fillette après que sa mère la leur eût confiée, alors qu'en réalité, la mère l'avait laissé dans l'entrée de l’école et que la fillette en était sortie à la recherche d’un chewing-gum.

Selon le témoignage du propre père, dans sa déclaration faite quelques heures avant de trouver la fillette assassinée, elle serait sortie à la rue à la recherche d'un chewing-gum "Basuka". Ça se lit ainsi au feuillet 49 du dossier: "(...) et dans un des stands, on nous a dit qu'elle était venue demander s'ils avaient du chewing-gum Basuka, on a répondu que non à ma fille et elle est partie et après pas mal de temps est retournée au stand et a acheté du popcorn en se promenant dans le site jusqu'à plus ou moins 9h30. "
Donc, la mère n'a pas pu l’avoir "laissé aux soins du personnel" de l'école comme l’a dit l’avocate Katherine Romero dans son exposé plein d’affirmations sans fondements.

Les conclusions du chef de la division mineurs et famille, toujours avant de trouver la fillette, sont sans appel : «La mère de la victime aurait amené sa fille à l'école comme d'habitude à 8h15 heures, puis a quitté l'établissement, la victime a quitté l'école pour aller acheter du chewing-gum et à ce jour, Patricia Flores est portée disparue. " (feuillet 52)

Dans la bouche de l’avocate Romero, ces faits deviennent ce qui suit : «les enseignants ont dit que la fillette n'avait jamais été amenée à l’école afin de couvrir les responsables" alors que le père dit simplement dans sa plainte: "(...) Ma femme a demandé à la professeure de son cours et elle a dit que ma fille n'a pas assisté aux classes (...)".

Selon l'avocate, "les autorités ont ignoré sa disparition pendant les premiers jours" alors que la plainte officielle de sa disparition faite par ses parents a été reçue par le procureur le lundi 30 août à 10h30 (soit 3 jours après sa disparition) et que la police a commencé à la chercher le même jour.

Ensuite, en parlant de la procédure pénale, elle déclare: «le regente de l'école a été condamné après six ans" alors qu'en fait, la première condamnation a été prononcée en mai 2003, soit un peu plus de 3 ans et demi après les faits. En outre, dans le document publié en ligne, il est désigné par son nom complet, en violation ouverte de ses droits fondamentaux, car la sentence a été annulée et personne n'a le droit de faire un lien entre lui et l’affaire.

Selon la "Senior Attorney", "la Cour Suprême a annulé le verdict à cause des failles dans le traitement des preuves, et a laissé en liberté le responsable" - des déclarations qui ont tout l’air d’une calomnie ignoble car la Cour Suprême a décidé d'annuler la sentence à cause de l’ évaluation inadéquate des preuves, c'est à dire pour avoir laissé de côté un test d'ADN qui dit clairement qu'il n'y a aucune preuve pour établir un lien entre le regente et l'assassin.
La sentence peut être lue sur Internet - une vraie professionnelle devrait connaître la différence entre évaluation inadéquate des preuves et failles dans le maniement des preuves, n'est-ce pas?

Selon elle, on n'a pas appliqué les normes internationales dans la recherche de la vérité – à voir ce que les scientifiques du FBI pensent de cette déclaration hardie. S’il existe une institution qui connaît et respecte la chaîne de possession (chain of custody), c’est certainement le FBI et s’ils ont trouvé l'ADN de la fillette dans les échantillons qu'ils avaient reçus de la police bolivienne, en plus de celui de deux hommes qui ont pu être identifiés par la suite, mais aucun du regente, il est très téméraire de la part d'une avocate, qui n'est pas une scientifique, d’estimer qu’ils n’ont pas de valeur.

Encore plus audacieuse est sa conclusion: dans tous les cas le témoignage de l’auteur l'emporte sur la vie et les droits de la victime, en pointant à nouveau sur le regente, sans le moindre souci pour la présomption d'innocence - attitude rare d'une personne qui mieux que quiconque devrait connaître les principes du procès équitable.

Ma conclusion: cette avocate est tellement agitée pour se faire connaître  comme grande défenseuse des victimes, qu’elle ne se soucie pas de la vérité - peu importe si un innocent est condamné si la Senior Attorney peut apparaître en public et montrer son grand engagement pour les pauvres victimes.

Dommage pour une question très importante, la violence dans les écoles, que ce soient des agressions sexuelles ou autres. Il y a beaucoup d'exemples qui pourraient être utilisées en enquêtant correctement sur les faits. Mais, la Senior Attorney, sûr qu’elle est trop importante pour faire un travail patient de collecte d’éléments qui peuvent aider à trouver la vérité sur un crime horrible et désigner le vrai coupable afin que justice se fasse pour de vrai.