lundi 30 juillet 2012

Communiqué de presse


Les propos d’Odón Mendoza et famille, publiés le 26 octobre 2011:

En référence à votre note de presse, publiée sous le n °  ABI 247081 2011-10-24 15:53:22, intitulée "le cas de la fillette Patricia Flores dénoncé devant la CIDH " j’aimerais expliquer ce qui suit:

12 ans, c'est long, surtout si une personne est à la recherche de justice. Je dis cela en pensant à la mère d'une fillette assassinée, mais aussi en pensant à ma famille et moi-même, obligés de nous défendre contre de fausses accusations qui ne nous laissent pas vivre en paix depuis lors.

En 12 ans, de nombreux souvenirs sont faussés, c’est pourquoi je voudrais rappeler plusieurs éléments liés au crime commis contre la fillette Patricia Flores. Tout est consigné dans le dossier du cas et je pense que ça vaut la peine de le consulter avant de publier des affirmations inexactes.

1. Ma fonction à l'école Vicenta Juaristi Eguino était celle d'un regente, nommé par mémorandum de désignation par le ministère de l'Éducation et aucune directrice n’est intervenue dans ma nomination.

2. Déjà avant de retrouver la fillette assassinée dans la nuit de mardi à mercredi, 1 er septembre 1999, la police a été saisie de l'affaire, parce que la famille avait porté plainte au bureau du procureur, le lundi 30 août, dénonçant que sa fille avait disparu le vendredi 27 août. Dans le dossier, il y a deux témoignages d'enfants qui déclarent de façon indépendante, mais concordante, au cours de l'enquête pour enlèvement de mineure (c'est à dire avant que la police était au courant de l’assassinat), avoir vu la fillette le samedi 28 août, un garçon à 14h sur le marché Uruguay et une fille à 16h sur la place Perez Velasco. Les deux enfants ont témoigné le matin du 31 août que Patricia aurait été accompagnée par une "jeune fille un peu plus grande qu'elle."

3. La police abandonne cette piste après la macabre découverte du 1er septembre, et en raison de la pression populaire, procède à mon arrestation le 2 septembre, en m'accusant d'avoir tué et violé la fillette le matin du 27 août. La justification pour mon appréhension était que je serais entré en contradictions et qu’on ne m’avait pas vu dans le couloir de l'école le vendredi matin, alors que donnais des classes au cours 3B, car l'enseignante avait pris congé parce que c’était son anniversaire.

4. Le 1er septembre, à 17h a lieu l'autopsie et le médecin légiste, Dr Alberto Sagárnaga, conclut que l’heure du décès est d'environ 72 heures avant de trouver la fillette. Les médecins légistes ont leurs méthodes pour déterminer l’heure du décès, tels que l'apparition, après 36 heures suivant le décès, d'une tache verte et périombilicale dans la fosse iliaque, la flaccidité des muscles ou après 72 heures, l'apparition de la faune cadavérique. Selon le protocole de l'autopsie, elle serait morte le dimanche, une donne que le second médecin légiste, le Dr Antonio Torrez Balanza confirme lors d'une audience: «Question – En suivant l’heure du décès du protocole de l’autopsie, qui établit soixante-douze heures le mercredi, quand la fillette serait-elle décédée? Réponse -. Nous devrions nous diriger vers l'heure approximative du décès de manière rétrospective, environ trois jours plus tôt. Il faut compter les heures; avec un calcul rétrospectif, si la levée du corps a été faite le mardi soir, en suivant l’heure du décès, ça supposerait que le décès est survenu le dimanche "(feuillet 2321 du dossier). Le médecin légiste détermine également que les actes de violence sexuelle avaient été perpétrées post-mortem.

5. Devant les doutes sur comment la police mène l'enquête, on émet, le 28 septembre, une ordonnance encouragée par la présidente du comité de politique sociale de la chambre des députés, Elisa Zuñiga de Siles, qui détermine d’envoyer des preuves du cas au FBI pour faire des tests d’ADN. Le 29 septembre, le laboratoire technique de la PTJ (comment s’appelait la police judiciaire bolivienne à l’époque), en la personne de la Dr Carmen Campana Cuiza, transmet à l'ambassade des États-Unis quelques preuves, le 14 octobre seront envoyées quelques preuves supplémentaires, le 29 octobre arrive un premier rapport disant que je n'ai rien à voir avec l'affaire et le 18 janvier 2000, le FBI envoie son premier rapport complet où il identifie un mélange d'ADN masculin et féminin dans les échantillons provenant de la jupe de la fillette. L'ADN féminin correspond à la fillette, mais le FBI ne peut pas déterminer à qui appartient l'ADN masculin. Tout ce qu’il peut constater est que ça ne provient pas de moi.
Devant ce mystère, Kevin W. Currier, qui était à l’époque attaché juridique et représentant du FBI en Bolivie, persiste et peut établir, tout d'abord un lien entre le cas de Patricia et le cas de la fillette Dora Janco, qui survit à une agression sexuelle quelques semaines après la mort de Patricia et,  après avoir lu sur l'arrestation d'un violeur en série du nom de José Luis Flores en novembre 1999, demandant un échantillon de sang de lui, peut prouver que dans les deux cas, le coupable est le même José Luis Flores. Le 11 septembre 2000, la PTJ reçoit un rapport du FBI expliquant en détail comment ils sont arrivés à ce résultat spectaculaire, et les experts se déclarent prêts à venir en Bolivie pour témoigner.

6. Dans les semaines suivantes, la presse parle abondamment du rapport, mais les fonctionnaires de justice font la sourde oreille et on me condamne en mai 2003 à 30 ans de prison sans pardon, sans prendre en compte les deux preuves qui me déclarent innocent: l'heure du décès et le rapport d'ADN. A partir de ce moment, commence mon combat juridique qui m'amène à la Cour Suprême, qui, en novembre 2009, acceptant mon recours de cassation, annule toutes mes condamnations pour "évaluation inappropriée des preuves ", c'est à dire à cause du fait que le test d'ADN n'a jamais été pris en compte et que j'ai toujours été condamné avec des arguments comme une fibre bleue, semblable (mais pas identique) à la couleur du pull de la fillette dans un des quatre ceintures que la PTJ avait décommises.

7. Par conséquent, la Cour Supérieure de La Paz annule le procès jusqu’au « vice le plus ancien », ce qui correspond à l'ordonnance de renvoi faite en mai 2000 (qui n'a pas tenu compte du premier rapport ADN indiquant clairement qu’on n’a trouvé aucun ADN de moi dans les échantillons provenant de la fillette et qui était arrivé quatre mois plus tôt) et retourne le dossier aux instances d’instruction. A partir de ce moment-là, commencent les excuses des différents juges, et, à partir de la mi-août 2010, les interventions publiques des frère et soeur Barriga Machicao, du prénom de Paola et Ramiro, de profession avocats, soi-disant en défense de la mère de la fillette. Avec des manifestations publiques, désignant d'un doigt accusateur (et avec nom et prénom) les officiers de justice, qui, selon eux, ne font pas leur travail, ils ont réussi à ce qu’aucun juge ne veuille prendre en charge le dossier pour le terminer. Par la force veulent-ils me faire condamner, en utilisant la déréliction d'une mère qui ne peut pas trouver  consolation et qui a été très mal conseillée au fil des années.

8. Lorsque, quelques mois après la mort de la fillette, j’avais demandé une nécropsie à travers mon avocat, Dr Jorge Borda, la famille avait rejeté cette idée de manière outrée. L'année dernière, la Drsse Paola Barriga est sortie publiquement avec cette idée, en disant qu’on avait enfreint les droits de la mère à ne pas l'avoir fait. Même chose avec la plainte à la Commission des Droits de l'Homme: les Drs Barriga avaient déposé leur plainte à travers une ONG, appelée Women'Link Worldwide, en mai 2010 quand moi-même, avec ma famille, avons dénoncé le retard de justice à la CIDH le 8 avril 2009. Selon les derniers contacts que nous avons eus avec la CIDH, celle-ci traite par ordre chronologique les causes qu’elle accepte, ce qui signifie que ma plainte sera traitée en priorité.

Maintenant, la séance de lundi dernier, durant laquelle une avocate colombienne, Katherine Romero, en parlant du cas de Patricia Flores, m'a appelé «agresseur» et m'a accusé de "trafic d'influence», sans présenter la moindre preuve, n’était pas destinée à résoudre le cas. C’est plutôt que ces ONG, profitant d'un cas difficile dans un pays où la justice a de failles évidentes, ont profité de l'occasion pour se faire connaître dans le monde des ONG où il est de plus en plus difficile d’obtenir de l'argent à cause de la crise monétaire que subissent les pays européens et de l’Amérique du Nord, grands donateurs si on parle de violation des droits humains.

9. Cette façon d'utiliser une institution universellement reconnue ne serait pas digne d'être mentionnée si elle n'était constitutive de violation de l'art. 8 par. 2 de la Convention américaine relative aux droits de l'homme (présomption d'innocence) qui a m’a été faite. La violation ne s’est pas seulement produite en disant "le regente" comme l'a fait l'avocate Romero au cours de la séance, en essayant d'éviter une plainte pour diffamation en ne citant pas mon nom, mais également dans le document présenté à la Commission et publié en ligne, où on me nomme avec nom et prénom.

Il n'y a aucune raison pour moi de tolérer plus longtemps les abus d’avocats qui, apparemment, ne connaissant pas beaucoup d'un dossier de 20 classeurs et qui continuent avec leurs manipulations pour gagner de la notoriété (et, peut-être?) de l'argent pour leur création, la «fondation» FUNDERES. Toute ma famille, qui n'a jamais douté de mon innocence et qui me soutient depuis tant d'années, est avec moi - je ne pourrais jamais les remercier assez pour leur soutien.

Odón Fernando Mendoza Soto, 26 octobre, 2011

samedi 28 juillet 2012

La profession d'avocat-e


Publié le 25 octobre 2011

Beaucoup d’années ont passé, mais je n'oublierai pas ce que j'ai ressenti lorsque notre professeur de procédure pénale a dit que tout était permis  pour un avocat. Y compris mentir ...

Les médecins ont le serment d'Hippocrate - et les avocat-es?
La Justice, celle que nous voudrons défendre, celle qui nous semble admirable car elle aide à la construction d'un monde plus équitable qui donnera son espace à tous les êtres, ne devrait pas être un champ de bataille d'ego.

Certes, il est très, très difficile devant un fait violent, de ne pas tomber dans le désir de vengeance, en faisant l’impasse sur qui en sera la victime et la justice humaine essaie justement de limiter ces pulsions, mais si un avocat, une avocate gagne beaucoup d’argent avec ces sentiments, on ne va tout simplement pas pouvoir briser le cercle vicieux.

Où sont les lieux où un jeune homme, une jeune fille peut se préparer pour éviter ce genre d’erreurs lamentables ?
Si je pense à mon expérience de l’université, ce n’est peut-être pas le bon endroit…

La vérité vous intéresse-t-elle?


Publié le 25 octobre 2011

Hier, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a organisé, dans le cadre de sa 143ème session, une réunion de travail intitulée «La violence sexuelle dans les établissements scolaires dans les Amériques", durant laquelle on a également parlé du cas Patricia Flores de Bolivie.

Malheureusement, les intervenant-es n’ont pas pris la peine de présenter simplement les faits mais ont dû les adapter à leur désir d'être reconnus comme de grands défenseurs des droits de l'homme, en lançant des accusations contre les autorités scolaires et de l'Etat ainsi que contre la Cour Suprême, l'accusant de "trafic d'influence".

Comment ça? D’abord en accusant les enseignants de ne pas avoir protégée la fillette après que sa mère la leur eût confiée, alors qu'en réalité, la mère l'avait laissé dans l'entrée de l’école et que la fillette en était sortie à la recherche d’un chewing-gum.

Selon le témoignage du propre père, dans sa déclaration faite quelques heures avant de trouver la fillette assassinée, elle serait sortie à la rue à la recherche d'un chewing-gum "Basuka". Ça se lit ainsi au feuillet 49 du dossier: "(...) et dans un des stands, on nous a dit qu'elle était venue demander s'ils avaient du chewing-gum Basuka, on a répondu que non à ma fille et elle est partie et après pas mal de temps est retournée au stand et a acheté du popcorn en se promenant dans le site jusqu'à plus ou moins 9h30. "
Donc, la mère n'a pas pu l’avoir "laissé aux soins du personnel" de l'école comme l’a dit l’avocate Katherine Romero dans son exposé plein d’affirmations sans fondements.

Les conclusions du chef de la division mineurs et famille, toujours avant de trouver la fillette, sont sans appel : «La mère de la victime aurait amené sa fille à l'école comme d'habitude à 8h15 heures, puis a quitté l'établissement, la victime a quitté l'école pour aller acheter du chewing-gum et à ce jour, Patricia Flores est portée disparue. " (feuillet 52)

Dans la bouche de l’avocate Romero, ces faits deviennent ce qui suit : «les enseignants ont dit que la fillette n'avait jamais été amenée à l’école afin de couvrir les responsables" alors que le père dit simplement dans sa plainte: "(...) Ma femme a demandé à la professeure de son cours et elle a dit que ma fille n'a pas assisté aux classes (...)".

Selon l'avocate, "les autorités ont ignoré sa disparition pendant les premiers jours" alors que la plainte officielle de sa disparition faite par ses parents a été reçue par le procureur le lundi 30 août à 10h30 (soit 3 jours après sa disparition) et que la police a commencé à la chercher le même jour.

Ensuite, en parlant de la procédure pénale, elle déclare: «le regente de l'école a été condamné après six ans" alors qu'en fait, la première condamnation a été prononcée en mai 2003, soit un peu plus de 3 ans et demi après les faits. En outre, dans le document publié en ligne, il est désigné par son nom complet, en violation ouverte de ses droits fondamentaux, car la sentence a été annulée et personne n'a le droit de faire un lien entre lui et l’affaire.

Selon la "Senior Attorney", "la Cour Suprême a annulé le verdict à cause des failles dans le traitement des preuves, et a laissé en liberté le responsable" - des déclarations qui ont tout l’air d’une calomnie ignoble car la Cour Suprême a décidé d'annuler la sentence à cause de l’ évaluation inadéquate des preuves, c'est à dire pour avoir laissé de côté un test d'ADN qui dit clairement qu'il n'y a aucune preuve pour établir un lien entre le regente et l'assassin.
La sentence peut être lue sur Internet - une vraie professionnelle devrait connaître la différence entre évaluation inadéquate des preuves et failles dans le maniement des preuves, n'est-ce pas?

Selon elle, on n'a pas appliqué les normes internationales dans la recherche de la vérité – à voir ce que les scientifiques du FBI pensent de cette déclaration hardie. S’il existe une institution qui connaît et respecte la chaîne de possession (chain of custody), c’est certainement le FBI et s’ils ont trouvé l'ADN de la fillette dans les échantillons qu'ils avaient reçus de la police bolivienne, en plus de celui de deux hommes qui ont pu être identifiés par la suite, mais aucun du regente, il est très téméraire de la part d'une avocate, qui n'est pas une scientifique, d’estimer qu’ils n’ont pas de valeur.

Encore plus audacieuse est sa conclusion: dans tous les cas le témoignage de l’auteur l'emporte sur la vie et les droits de la victime, en pointant à nouveau sur le regente, sans le moindre souci pour la présomption d'innocence - attitude rare d'une personne qui mieux que quiconque devrait connaître les principes du procès équitable.

Ma conclusion: cette avocate est tellement agitée pour se faire connaître  comme grande défenseuse des victimes, qu’elle ne se soucie pas de la vérité - peu importe si un innocent est condamné si la Senior Attorney peut apparaître en public et montrer son grand engagement pour les pauvres victimes.

Dommage pour une question très importante, la violence dans les écoles, que ce soient des agressions sexuelles ou autres. Il y a beaucoup d'exemples qui pourraient être utilisées en enquêtant correctement sur les faits. Mais, la Senior Attorney, sûr qu’elle est trop importante pour faire un travail patient de collecte d’éléments qui peuvent aider à trouver la vérité sur un crime horrible et désigner le vrai coupable afin que justice se fasse pour de vrai.